Victor Hugo

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Victor Hugo

Message par Ashva le Ven 4 Mar - 11:24

Comme un certains nombres de sujets de Linaewen (et même la reine ^^) apprécient mon poète préféré, il serait dommage de ne pas en parler... La question était : par quel poème commencer ? Vu que je sais aussi qu'un certain nombre ici n'apprécient pas ou n'ont pas apprécié l'école... C'est choisi !

Il faut dire que l'école du temps de Victor Hugo, c'était largement pire, et le poète s'est vengé avec un poème :


Marchands de grec ! Marchands de latin ! Cuistres ! Dogues !
Philistins ! Magisters ! Je vous hais, pédagogues !
Car, dans votre aplomb grave, infaillible, hébété,
Vous niez l'idéal, la grâce et la beauté !
Car vos textes, vos lois, vos règles sont fossiles !
Car, avec l'air profond, vous êtes imbéciles !
Car vous enseignez tout, et vous ignorez tout !
Car vous êtes mauvais et méchants ! – Mon sang bout
Rien qu'à songer au temps où, rêveuse bourrique,
Grand diable de seize ans, j'étais en rhétorique !
Que d'ennuis ! De fureurs ! De bêtises ! – Gredins ! –
Que de froids châtiments et que de chocs soudains !
Dimanche en retenue et cinq cent vers d'Horace !
Je regardais le monstre aux ongles noirs de crasse,
Et je balbutiais : Monsieur... – Pas de raisons !
Vingt fois l'ode à Panclus et l'épître aux Pisons !
Or j'avais justement, ce jour là, – douce idée –
Un rendez-vous avec la fille du portier.
Grand Dieu ! Perdre un tel jour ! Le perdre tout entier !
Ô douleur ! Furieux, je montais à ma chambre,
Fournaise au mois de juin, et glacière en décembre;
Et, là, je m'écriais :

– Horace ! Ô bon garçon !
Qui vivais dans le calme et selon la raison,
Et qui t'allais poser, dans ta sagesse franche,
Sur tout, comme l'oiseau se pose sur la branche,
Sans peser, sans rester, ne demandant aux dieux
Que le temps de chanter ton chant libre et joyeux !
Tu marchais, écoutant le soir, sous les charmilles,
Les rires étouffés des folles jeunes filles,
Les doux chuchotements dans l'angle obscur du bois;
Tu courtisais ta belle esclave quelquefois,
Myrtale aux blonds cheveux, qui s'irrite et se cabre
Comme la mer creusant les golfes de Calabre;
Horace, quand grisé d'un petit vin sabin,
Tu surprenais Glycère ou Lycoris au bain,
Qui t'eût dit, ô Flaccus ! Quand tu peignais à Rome
Les jeunes chevaliers courant dans l'hippodrome,
Comme Molière a peint en France les marquis,
Que tu faisais ces vers charmants, profonds, exquis,
Pour servir, dans le siècle odieux où nous sommes,
D'instruments de torture à d'horribles bonshommes,
Mal peignés, mal vêtus, qui mâchent, lourds pédants,
Comme un singe une fleur, ton nom entre leurs dents !

Confier un enfant, je vous demande un peu,
À tous ces êtres noirs ! Autant mettre, morbleu !
La mouche en pension chez une tarentule !
Ces moines, expliquer Platon, lire Catulle,
Tacite racontant le grand Agricola,
Lucrèce ! Eux, déchiffrer Homère, ces gens-là !
Ces diacres ! Ces bedeaux dont le groin renifle !
Crânes d'où sort la nuit, pattes d'où sort la gifle,
Vieux dadais à l'air rogue, au sourcil triomphant,
Qui ne savent pas même épeler un enfant !
Ils en sont à l'A, B, C, D, du cœur humain;
Ils sont l'horrible Hier qui veut tuer Demain;
Les boucs mystérieux, en les voyants s'indignent,
Et, quand on dit : Amour ! Terre et cieux ! Ils se signent.
Ils raillent les enfants, ils raillent les poètes;
Ils font aux rossignols leurs gros yeux de chouettes :
L'enfant est l'ignorant, ils sont l'ignorantin;
Ils raturent l'esprit, la splendeur, le matin;
Ils sarclent l'idéal ainsi qu'un barbarisme,
Et ces culs de bouteille ont le dédain du prisme.

Et j'étais aussi proie à la mathématique !
Temps sombre ! Enfant ému du frisson poétique,
Pauvre oiseau qui heurtais du crâne mes barreaux,
On me livrait tout vif aux chiffres, noirs bourreaux;
On me tordait, depuis les ailes jusqu'au bec,
Sur l'affreux chevalet des X et des Y;
Hélas ! On me fourrait sous les os maxillaires
Le théorème orné de tous ses corollaires;
Et je me débattais, lugubre patient
Du diviseur prêtant main-forte au quotient.
De là mes cris.

Un jour, quand l'homme sera sage,
Lorsqu'on n'instruira plus les oiseaux par la cage,
Quand les sociétés difformes sentiront
Dans l'enfant mieux compris se redresser leur front,
Que, des libres essors ayant sondé les règles,
On connaîtra la loi de croissance des aigles,
Et que le plein midi rayonnera pour tous,
Savoir étant sublime, apprendre sera doux.
Alors, tout en laissant au sommet des études
Les grands livres latins et grecs, ces solitudes
Où l'éclair gronde, où luit la mer, où l'astre rit,
Et qu'emplissent les vents immenses de l'esprit,
C'est en les pénétrant d'explication tendre,
En les faisant aimer, qu'on les fera comprendre.
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Re: Victor Hugo

Message par Lysbeth Emerelle le Ven 4 Mar - 11:36

Je connais un autre de Victor Hugo, qui a beaucoup critiqué Napoléon 3 et qui a fais ce poème ci :

Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
Un singe d'une peau de tigre se vêtit.
Le tigre avait été méchant, lui, fut atroce.
Il avait endossé le droit d'être féroce.
Il se mit à grincer des dents, criant : je suis
Le vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits !
Il s'embusqua, brigand des bois, dans les épines;
Il entassa l'horreur, le meurtre, les rapines,
Egorgea les passants, dévasta la forêt,
Fit tout ce qu'avait fait la peau qui le couvrait.
Il vivait dans un antre, entouré de carnage.
Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.
Il s'écriait, poussant d'affreux rugissements :
Regardez, ma caverne est pleine d'ossements ;
Devant moi tout recule et frémit, tout émigre,
Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre !
Les bêtes l'admiraient, et fuyaient à grands pas.
Un belluaire vint, le saisit dans ses bras,
Déchira cette peau comme on déchire un linge,
Mit à nu ce vainqueur, et dit : tu n'es qu'un singe.


Le singe représentant Napoléon 3 et la peau de tigre : La gloire de Napoléon 1.
Je l'ai fais en français l'année dernière et j'étais tombé dessus pendant mon bac blanc. (15/20 quand même ! Very Happy )

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Re: Victor Hugo

Message par Ashva le Ven 4 Mar - 12:49

Oui, il valait mieux ne pas l'avoir comme ennemi ! Si Napoléon III avait su que la postérité aurait retenu ces poèmes de Victor Hugo plutôt que lui, il aurait probablement abdiqué :p
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Re: Victor Hugo

Message par Ashva le Jeu 13 Déc - 13:23

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête;
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
– Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
Lui dis-je. – Il répondit : – Je viens prendre ton âme.
Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
– Que me restera-t-il ? Car tu t'envoleras. –
Il ne répondit pas ; le ciel que l'ombre assiège
S'éteignait... – Si tu prends mon âme, m'écriai-je,
Où l'emporteras-tu ? Montre-moi dans quel lieu. –
Il se taisait toujours. – Ô passant du ciel bleu,
Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? –
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l'ange devint noir, et dit : – Je suis l'amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l'ombre où brillait ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.


***

Quelqu'un connaît-il ma cachette ?
C'est un lieu calme, où le ciel clair
En un jour de printemps rachète
Le mal qu'ont fait six mois d'hiver.

Il y coule des eaux charmantes;
L'iris y naît dans les roseaux;
Et le murmure des amantes
S'y mêle au babil des oiseaux.

Là vivent, dans les fleurs, des groupes
Épars, et parfois réunis,
Avec des chants au fond des coupes
Et le silence au fond des nids.

Les plus belles choses du rêve
Sont celles qu'admet l'antre frais,
Et que confusément achève
Le balancement des forêts.

Je comprends peu qu'on soit superbe
Et qu'il existe des méchants,
Puisqu'on peut se coucher dans l'herbe
Et qu'il fait clair de lune aux champs.

Toutes les fleurs sont un langage
Qui nous recommande l'amour,
Qui nous berce, et qui nous engage
À mettre dans nos cœurs le jour.
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Re: Victor Hugo

Message par Lysbeth Emerelle le Jeu 13 Déc - 19:59

Vraiment j'aime beaucoup ce poète ! Very Happy

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Re: Victor Hugo

Message par Ashva le Ven 14 Déc - 10:40

En petit comme en grand il est merveilleux Smile

En petit ça peut donner :

Les mots sont les passants mystérieux de l'âme
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Re: Victor Hugo

Message par Lysbeth Emerelle le Ven 14 Déc - 10:44

Merveilleux en effet Very Happy

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Re: Victor Hugo

Message par Ashva le Sam 15 Déc - 13:21

(à sa petite-fille ^^)

Je me retrouve complètement en lui ! En plus le registre léger et mignon n'est pas pour me déplaire, pour changer Smile

Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J'allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l'ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S'indignèrent, et Jeanne a dit d'une voix douce :
- Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s'est récrié : - Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. À chaque instant
L'ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête.
Vous démolissez tout. - Et j'ai baissé la tête,
Et j'ai dit : - Je n'ai rien à répondre à cela,
J'ai tort. Oui, c'est avec ces indulgences-là
Qu'on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu'on me mette au pain sec. - Vous le méritez, certes,
On vous y mettra. - Jeanne alors, dans son coin noir,
M'a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l'autorité des douces créatures :
- Eh bien, moi, je t'irai porter des confitures !
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Re: Victor Hugo

Message par Yavanna le Sam 15 Déc - 13:47

Oh très beau !!!!
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